Millésime 2025 : analyse région par région par Grafé Lecocq

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Informations Vinicoles 2025

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Millésime 2025 : une année en 5, entre petits volumes et belle qualité

Grafé Lecocq a parcouru la France entière pour ses achats de vins blancs, rosés et rouges 2025. Une année en 5 — comme 1985, 1995, 2005 ou 2015 — qui confirme une nouvelle fois sa réputation : des volumes resserrés par la canicule de fin août, mais une qualité globalement très réjouissante, en particulier pour les rouges.

Il s'avère que les années se terminant en 5 sont généralement très bonnes, voire exceptionnelles. Ce n'est pas une donnée scientifique, mais un fait constaté au fil des décennies. 2025 ne déroge pas à la règle : dans notre réseau de contacts, le même leitmotiv revenait sans cesse — « c'est une année en 5, ce sera forcément bon ». Et ce fut, par bonheur, le cas.

C'est en revanche une année difficile en termes de volume. Presque partout, une vague de canicule fin août a fortement impacté la quantité récoltée : les raisins ont séché, la vigne allant chercher dans le fruit l'eau nécessaire à sa survie, ce qui a réduit le rapport jus/poids de raisin à la vinification. Une floraison irrégulière en mai-juin, selon les régions, a également pesé sur les volumes. Les rendements sont donc très petits.

Petit bémol pour une partie des blancs, dont l'acidité s'avère parfois un peu basse : la canicule l'a littéralement grillée, tout comme certains arômes primaires.

Sur le plan sanitaire, en revanche, 2025 a été un millésime sans souci, avec peu ou pas de maladies — un contraste net avec 2024, millésime « cauchemardesque » à gérer dans les vignes.

Petit retour sur 2024. Sans entrer dans le détail : une année assez humide et très difficile sur le plan sanitaire (mildiou) ; des blancs excellents grâce à une année fraîche, avec une belle aromatique ; et des rouges plutôt hétérogènes — les meilleurs venant du Rhône Sud et du Languedoc, ailleurs souvent plus légers et marqués par une touche végétale, signe d'une maturité limite. En somme, une année moyenne en rouge et excellente en blanc.

Bordeaux

Comme ailleurs, les rendements sont faibles, avec une demi-récolte. Sur la rive droite, le millésime affiche un très beau classicisme et une belle couleur. Les merlots, majoritaires dans cette zone, sont généralement très réussis, issus de conditions de vendanges homogènes — nous avons toutefois dû écarter certaines cuvées aux tannins dissociés et un peu secs. L'ensemble séduit par son équilibre, son ampleur en bouche, une concentration présente mais sans excès, et une belle longueur.

Mention spéciale qualité-prix pour les vins de Castillon : leurs terroirs plus rocheux ont donné des vins remarquables, qui rivalisent avec ceux de l'appellation voisine, Saint-Émilion. Leur garde sera excellente, mais ils se montreront aussi délicieux sans qu'il faille trop les attendre.

Sur la rive gauche (Graves et Médoc), les cabernets, bien présents, ont été précoces : tout était récolté avant la fin septembre. Les degrés restent raisonnables (12 à 13), pour une belle maturité sans excès, de beaux équilibres entre densité et longueur, et des tannins généralement de très belle qualité — à l'exception, ponctuellement, de cuvées aux tannins eux aussi dissociés et secs. Ces vins se garderont très bien. Même constat dans les Graves, avec un peu plus d'hétérogénéité. À noter également, dans les Bordeaux d'entrée de gamme, de belles cuvées venant de l'Entre-deux-Mers.

En blancs, le manque d'aromatique se fait parfois sentir, ce qui imposait un tri minutieux pour trouver quelques pépites. À noter l'apparition d'une nouvelle appellation, « Médoc Blanc » : nous attendons que la fièvre de ce lancement retombe un peu avant de nous prononcer plus largement — à suivre dans les prochaines années. Les liquoreux, dont les Sauternes, sont quant à eux exceptionnels.

 

Roussillon et Languedoc

Un superbe territoire viticole, véritable carte postale : la vue sur la vallée de l'Agly depuis le château cathare de Quéribus est sublime, avec les terroirs de Maury et Tautavel, les coteaux de Caramany au loin, et les sommets des Pyrénées en toile de fond.

En blancs, le coup de chaud de fin août a, ici aussi, pesé sur l'aromatique : il faut chercher les vins au plus joli équilibre. En rouges, en revanche, c'est un millésime excellent : nous avons trouvé de très jolis lots, pleins de fruit, à la maturité équilibrée, avec du fond et de la complexité — une région où 2024 avait déjà livré de belles cuvées. Historiquement tournée vers les vins doux naturels, la région souffre d'un désintérêt croissant des consommateurs pour ce style, ce qui entraîne malheureusement des arrachages de vignes conséquents.

En Corbières, nous avons pu constater les dégâts des incendies de 2025 : si peu de vignes ont brûlé, une grande partie des raisins rouges n'a pu être vinifiée, impactée par les fumées des feux.

Vallée du Rhône (Nord et Sud)

Ici aussi, la canicule de fin août a bloqué la maturation et pesé sur les volumes. En blancs comme en rosés, un tri assez important a été nécessaire pour trouver l'aromatique recherchée.

Les rouges, en revanche, sont qualitatifs — avec, comme ailleurs, quelques tannins végétaux à écarter ponctuellement. On y trouve une belle complexité, du fruit, déjà des précurseurs d'arômes tertiaires prometteurs pour l'avenir, et une belle aptitude à la garde dans les appellations les plus prestigieuses. Les degrés sont assez élevés, pour des vins qui affichent du fond et une maturité bien calibrée.

Bourgogne

Une petite récolte, sans être catastrophique. Le marché se détend légèrement — pas en termes de prix, mais de disponibilité : certaines appellations, jusqu'ici presque entièrement absorbées par le Grand Export (Asie, États-Unis), redeviennent accessibles.

Les rouges sont hétérogènes selon la date de vendange : les raisins récoltés trop tôt présentent une note de verdeur, tandis que ceux récoltés après les pluies de début septembre en ont tiré un net bénéfice — ils sont alors très bons et aptes à la garde. Côté blancs, agréable surprise par rapport à d'autres régions : avec une acidité un peu moindre qu'en 2024, mais un bel équilibre et une belle aromatique.

Loire

Loire Centre, blancs (Sancerre, Pouilly). Petits rendements — jusqu'à -30 % par rapport à la normale — en raison d'une récolte anticipée avant les pluies de septembre. Si l'on avait pu espérer une intensité aromatique légèrement supérieure, le terroir apporte sa propre touche de complexité, pour des vins au très bon fond. Les rouges de Sancerre, eux, sont sensationnels.

Loire rouges (Touraine). Petite récolte, conséquence d'une sortie de grappes difficile à la floraison. Le coup de chaud de fin août a également marqué les raisins, mais les pluies bienvenues de septembre ont permis de redresser la situation en bonne partie. Les degrés sont bons et raisonnables (12 à 13). Un millésime que nous avons énormément apprécié, entre fruit, fond et gourmandise — probablement l'un des meilleurs depuis 2005. Une vraie réjouissance.

Alsace

L'Alsace tire visiblement son épingle du jeu en blancs, malgré une récolte là aussi inférieure à la normale. Les vins sont bien équilibrés, certes plus riches qu'en 2024, mais avec un très joli parfum.

En résumé

  • Une « année en 5 » : comme 1985, 1995, 2005 ou 2015, 2025 confirme la réputation de ces millésimes.

  • Des volumes en forte baisse partout en France, à cause de la canicule de fin août et d'une floraison irrégulière.

  • Une qualité sanitaire excellente, sans les soucis de mildiou rencontrés en 2024.

  • Des rouges globalement très réussis, avec de belles aptitudes à la garde dans les appellations prestigieuses.

  • Des blancs à l'acidité parfois plus basse, nécessitant un tri attentif dans plusieurs régions.

  • Bordeaux : demi-récolte, beau classicisme, mention spéciale pour Castillon et les Sauternes.

  • Languedoc-Roussillon : excellent en rouge, mais dégâts liés aux incendies en Corbières.

  • Loire rouges (Touraine) : un des meilleurs millésimes depuis 2005.

 

Conclusion

Ne boudons pas notre plaisir : les vins de 2025, et plus particulièrement les rouges, seront les bienvenus en cave. Les Bordeaux, un peu délaissés par les consommateurs ces dernières années, mériteront une attention particulière : hors les cuvées haut de gamme, ils se trouveront à des prix très raisonnables. Le Bordeaux reste, décidément, un incontournable pour l'amateur de vin.

Charlotte et Bernard Grafé

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